Faglig inspiration
Chers amis,
Vous avez certainement tous entendu parler des violences urbaines françaises qui durent maintenant depuis plus de deux semaines. Nous allons essayer, ensemble, d'en comprendre les raisons.
- Si je ne pouvais vous envoyer qu'un seul document pour résumer la situation, ce serait ce dessin du journal luxembourgeois Tageblatt, "i5700202Schneider_tageblatt". On y voit deux émeutiers devant un poste de télévision où le Président Jacques Chirac prononce un discours.
- Mais il me semble important de revenir loin en arrière pour analyser la politique de l'immigration française. Trois articles sont particulièrement intéressants à comparer. Les deux premiers ont presque le même titre: "Le bûcher de l'intégration à la française" et ""Le bûcher d'une politique". Mais ils reflètent des visions très différentes de la société française.
- Le premier celle de la gauche française, par l'intermédiaire du quotidien Libération: "Le bûcher de l'intégration à la française"
"Contrairement à ce que tentent de faire croire les télévisions américaines d'information continue et le Front national, la France n'est pas au bord de la guerre civile mais elle vit plutôt le crépuscule d'une tentative originale et honorable, celle d'un modèle d'intégration typiquement tricolore.
Ce qu'annoncent les milliers de voitures incendiées, les centaines d'échauffourées nocturnes, les dizaines d'équipements publics dévastés depuis une dizaine de jours, c'est l'agonie d'une histoire française vieille d'un siècle, d'une aventure idéaliste et ambitieuse, orgueilleuse et généreuse, qui voulait faire des immigrés venus de tous les pays, issus de tous les peuples, façonnés par toutes les religions et par toutes les cultures, d'identiques citoyens français." - Le second celle de la droite française, à travers l'éditorial de Claude Imbert de l'hebdomadaire Le Point: "Le bûcher d'une politique"
"Comment, dans nos banlieues, en est-on arrivé là? Pas le moment, vous dira-t-on, de répondre! Dommage! Car ce drame révèle comme jamais le vice qui, depuis des décennies, ruine notre vie publique: celui d'enfouir toutes les vérités qui fâchent sous l'angélisme ou la jérémiade, celui de préférer le prêche à l'action. Celui, en somme, d'une longue incurie.
Car enfin, le déferlement, depuis trente ans, d'une immigration incontrôlée si étrangère à nos croyances, à nos moeurs et à nos lois avait d'avance compromis le lent travail de biologie sociale que requiert une intégration heureuse, et d'ailleurs nécessaire. Le flux - celui surtout d'Afrique noire - sans cesse grossi par le regroupement familial - voire polygame -, loin d'irriguer calmement la nation, aura constitué ces poches stagnantes où grouillent de mauvaises fièvres. Leur avenir était écrit d'avance. Mais … l'avenir arrive trop tard!" - Dans le troisième, Laurent Joffrin pour Le Nouvel Obs du jeudi 10 novembre 2005, aussi situé à gauche sur l'éventail politique, s'interroge "La faute à qui?"
"Coupable, Sarkozy? Evidemment. Un ministre de l'Intérieur ne parle pas comme cela. Quand on dit «Kärcher» ou «racaille», on prend le risque gravissime de voir tous les habitants de ces quartiers, même les plus honnêtes, le prendre pour eux. On promène la torche dans la soute à poudre. Dans certaines circonstances, les mots sont des balles. Ou des cocktails Molotov.3. Sans aller aussi loin dans l'étude des responsabilités, attachons-nous à découvrir deux tendances qui, ces dernières années ont aggravé les tensions dans les banlieues:
Mais le basculement historique que nous vivons dépasse largement la simple personne du ministre de l'Intérieur, qui a seulement fourni, par cécité politique, une cible nationale à la révolte. C'est la République elle-même qui vit un tournant décisif, pas seulement tel ou tel de ses responsables. Il y aura un avant et un après-novembre 2005 et pas seulement dans les cités semées de carcasses calcinées. Une fois le calme revenu, la France va-t-elle s'installer dans la division, admettre sur son sol des zones entières vivant dans la dissidence, tracer autour d'elles une frontière de protection casquée, les soumettre par impuissance sociale au quadrillage des camions à gyrophare et à un couvre-feu issu de la guerre d'Algérie? Ou bien, par un effort nouveau et des mesures réalistes, qui marqueraient une rupture, s'engager franchement sur la voie de la réunification républicaine? Beaucoup de choses ont été faites: elles n'ont pas marché. Un chapitre neuf doit s'ouvrir."La pauvreté grandissante
- Elle nous est décrite par Gérard Petitjean dans un article du n°2140 du Nouvel Obs du jeudi 10 novembre 2005
"Quand le Secours catholique reçoit ceux qui viennent lui demander de l'aide, il essaie de savoir à qui il a affaire, remplit des dossiers, établit des statistiques. Les informations qu'il a recueillies en 2004 sont affligeantes. Les pauvres qui demandent du secours sont de plus en plus pauvres. Le RMI augmente moins vite que l'inflation et la survie dépend parfois de quelques euros. Ces pauvres sont de plus en plus âgés - la misère frappe fort entre 50 et 59 ans parmi les chômeurs en fin de droit -, sont parfois isolés (27% des hommes, 16,5% des femmes), mais ont le plus souvent des enfants. Et 3 millions d'entre eux vivent dans un habitat précaire: hôtel, caravane, péniche, squat ou même dans la rue. Leur nombre a augmenté de 3% depuis l'an 2000. C'est en Ile-de-France qu'on trouve le plus de situations tragiques de ce genre. Elles concernent surtout des hommes seuls, des étrangers et de plus en plus de jeunes gens de moins de 25 ans en rupture avec leur famille." - La situation est illustrée par le dessin de la Tribune de Genève du 9 novembre: "20051109genève.jpg"
Le renforcement du dispositif sécuritaire
- Dominique SIMONNOT dans un article de Libération du jeudi 10 novembre 2005 écrit:
"Arrêts antimendicité, loi sur le racolage, jusqu'aux couvre-feux … les mesures répressives se succèdent.
[ …]
Comme dans l'ancien temps, les tribunaux jugent des vagabonds, passibles de six mois de prison pour avoir fait la manche avec un «chien dangereux», à plusieurs, ou avec un enfant. On s'habitue à ce que soient punies de prison les «réunions dans les halls d'immeubles». Aux arrestations de tapineuses, sanctionnées de six mois de prison pour «racolage passif». Et qui défilent dans les box des tribunaux sous l'oeil gêné des juges.
Vidéos, fichiers et garde à vue. Les caméras de surveillance? On s'y est habitué aussi. [ …]
Chaque mesure restreignant les libertés est balayée par une autre. Qui se soucie de ces multiples fichiers qui quadrillent la France? Dont celui des infractions relevées par la police où figurent même les témoins et victimes.
Imposés aux mineurs, les «couvre-feux» font leur apparition en 1997 à Dreux, suivis par d'autres. [ …] Les voilà donc autorisés par «l'état d'urgence» décrété pour douze jours. Voici qu'est interdite, dans certaines zones, la circulation des personnes et des véhicules à certaines heures. Voici qui permet l'assignation des gens à résidence, la fermeture de salles de spectacles, débits de boissons, les perquisitions policières à toute heure, hors regard d'un magistrat, le contrôle de la presse, des réunions."
4. Essayons d'écouter le point de vue des jeunes des quartiers difficiles
- qui se sentent "Piégés par la République".
"Les jeunes des quartiers difficiles ne voient du «modèle social français» qu'une grise prison. [ …]
L'émeute naît ainsi d'abord du vide politique. La violence surgit quand la politique est absente, quand il n'y a plus d'acteurs sociaux ni même de conflit, quand il ne reste plus que la défense de l'ordre et de l'identité nationale. Certes, il est urgent de rétablir un minimum de politique sociale, de lutter contre les discriminations, d'en finir avec des pratiques policières indignes d'une démocratie et surtout de stopper cette ségrégation urbaine qui structure de plus en plus nos modes de vie. Mais les émeutes nous rappellent qu'il est avant tout indispensable de reconnaître et de respecter toute une population, de considérer qu'elle ne constitue pas un problème mais qu'il s'agit bien de citoyens de notre pays. Face à un gouvernement qui n'a que l'ordre à la bouche, le travail de la gauche aujourd'hui devrait être de faire entrer cette parole dans l'espace public et de lui donner un sens politique. Elle ne semble pas en prendre le chemin." - Marie-Joëlle GROS pour Libération laisse s'exprimer "La rage des cités déclinée au féminin"
"Au coeur des quartiers déshérités, de nombreuses jeunes femmes soutiennent les émeutes. A Montfermeil, elles racontent leur galère au quotidien."
Faites retrouver, dans les propos des jeunes filles, les différents thèmes présentés dans les textes précédents (éducation, chômage, logement, police)5. Françoise Blum, historienne et ingénieur au CNRS, est l'une des rares personnes à ne pas être politiquement correcte et à avoir "envie de dire haut et fort: bravo à tous ceux qui, à force de mépris, ont pu aider à l'émergence d'un nouvel acteur collectif."
- "Ils sont entrés en politique."
"Il fut un temps, qui n'est pas si lointain, où l'identification à l'opprimé était le mode d'être d'une génération, un temps où nous étions tous des juifs allemands. Je persiste à croire, à tort me diront certains, que cette identification-là donnait comme un supplément d'âme.
Avec les jeunes des banlieues rien de tel apparemment. Au mieux, on comprend leurs frustrations, au pire on en a peur. Au mieux, on leur reconnaît le droit à manifester leur colère, mais on trouve qu'ils expriment ce droit de façon irresponsable. Au pire, on voit derrière leur révolte l'ombre des imams.
Pourquoi ne pas reconnaître tout simplement qu'en ce moment, et de la seule façon sans doute qui puisse porter, la façon médiatique, ces jeunes, pour la première fois occupent un espace qui leur était inconnu, inaccessible, étranger ou interdit, l'espace du politique. Ils sont entrés en politique, ceux-là mêmes dont on dit qu'ils ne votent pas, qu'ils se désintéressent de la chose publique."
Faire expliciter les arguments de l'auteur. Expliquer les ressemblances avec les événements de mai 1968.6. Les conséquences de ces violences:
- "Banlieues: Villepin annonce des mesures"
"Le Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé mardi une série de mesures pour les banlieues à l'Assemblée" - L'une des mesures annoncées par le Ministre de l'Intérieur est mise en image par la Tribune de Genève du 10 novembre "20051110genève.jpg"
- Qu'en pensent les journaux? La réponse est dans le texte "Les violences urbaines en France - Revue de Presse"
"Les commentaires de la presse françaises mercredi 9 novembre sur les violences urbaines qui se poursuivent en France."
Quelles sont les mesures les plus mentionnées par ces extraits d'articles de journaux. Quelles sont celles qui sont les plus critiquées.7. Mais nous n'entendrons jamais, "ce discours écrit tout spécialement pour Jacques Chirac, à l'occasion de la crise profonde des banlieues." par l'écrivain marocain Tahar BEN JELLOUN (Libération du samedi 12 novembre 2005): "Un pan de la France nous appelle".
Ce dossier est particulièrement volumineux et dense. Il traite, en effet, d'un événement très important de la France de 2005. J'espère qu'il apportera les réponses aux questions que vous vous posez. Bonne lecture. Amitiés. Robert
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